Les instruments traditionnels de la musique cubaine

Salsa, Danzon, Son Cubano, Rumba, Bolero, Cha Cha Cha, Mambo… La musique afro-cubaine est dominée par les percussions. Que serait-elle sans Conga, Claves, ni Bongo ! Commençons par les Claves car elles sont la pierre angulaire sur laquelle repose la musique cubaine, sa colonne vertébrale rythmique.

Réalisés dans un bois très dur, un des deux morceaux est tenu au creux d’une main tandis que le second vient le frapper, produisant un son caractéristique qui est l’empreinte même de la musique cubaine. De l’espagnol « clavar » (clouer) et « llave » (une clé), ces « deux bâtons musicaux » comme les nomment joliment l’écrivain cubain Guillermo Cabrera Infante dans son roman « Trois tristes tigres » étaient utilisés pour maintenir les pièces maîtresses des navires espagnols. Une fois arrivés à Cuba, certains navires étaient démontés. Les Claves étaient alors conservées par les conquistadors espagnols pour rythmer le travail des esclaves dans les champs.

La Conga, appelée également Tumba ou Tumbadora, est un haut tambour d’origine afro-bantoue qui fournit le rythme de base et que le musicien « El Conguero » ou « « El Tumbador » cale entre ses jambes. Le nom « Conga » vient d’un rythme joué dans les années 30 au Carnaval de La Havane. Par la suite, les Américains donnèrent le nom de cette danse à l’instrument. Les musiciens Ray Barretto ou Mongo Santamaria étaient des « Congueros » célèbres.

Le Bongo, lui, est formé de deux petits tambours, l’un plus grand que l’autre, qui se placent sur les genoux du « Bongocero ».

Les Timbales sont deux caisses claires, accompagnées de cloches et fixées sur un pied. Elles furent créées pour la musique du Danzon au début du 20ème siècle. Tito Puentes était entre autres un fabuleux musicien de Timbales.

Les tambours « Bata » au nombre de trois, sont utilisés majoritairement lors des cérémonies de la Santeria et sont constitués de l’Okonkolo (le plus petit), l’Itotele et l’Iya (le plus grand), appelé également « La Mère des Tambours ».

Pas de musique cubaine sans Maracas, cet instrument déjà utilisé par les indigènes Cubains, les Taïnos, quand leur île s’appelait encore Cubanacan, bien avant l’arrivée de Christophe Colomb en 1492. Elles sont constituées de deux petites calebasses remplies de graines et recouvertes de peau de chèvre. Le terme « Maraca » vient de la langue des Taïnos et signifie d’ailleurs… Musique !

Pas de rythme cubain sans Guïro, une calebasse évidée, plus grande que celles utilisées pour les maracas et que le musicien racle avec une baguette en bois.  Un groupe de musiciens cubains filmés à La Havane: https://youtu.be/uR-DSfRUaJo

Fabriqué à partir d’une autre variété de courge séchée puis travaillée, le « Chekere », plus gros que les Maracas, est lui recouvert d’une maille composée de graines, de noyaux de dattes ou, plus sophistiquée, de perles. Le son de cet instrument est très proche de celui des Maracas à la différence que les graines sont à l’extérieur et non à l’intérieur!

Et pas de Son Cubano sans le « Tres », cette petite guitare typique à trois doubles cordes aux accents de mandoline et originaire de la province de Santiago de Cuba. Elle était autrefois fabriquée avec les morceaux des cageots utilisés par les marins pour stocker la morue ainsi que des boyaux d’ayouti, un gros rat avec un dos très rond et déformé. Actuellement un des grands joueurs de Tres est Fernando Dewar, originaire de Santiago de Cuba et fondateur du célèbre « Septeto Santiaguero ». Citons également Compay Segundo, musicien mondialement connu originaire de Siboney, petite station balnéaire située à côté de Santiago, et membre du non moins célèbre « Buena Vista Social Club » avec Omara Portuondo, Ibrahim Ferrer et Eliades Ochoa. Bongo, tres et maracas avec ce groupe de Son Cubano interprétant « Chan Chan » de Compay Segundo, à Santiago de Cuba: https://www.youtube.com/watch?v=0GfcTXJFRdw

Mais n’oublions pas la « Corneta China » : cette petite trompette atypique fut importée dans l’Oriente par les émigrants chinois de la Province de Canton. Le son caractéristique de la « Corneta » est extrêmement présent lors du Carnaval et du Festival de Fuego de Santiago de Cuba.

D’autres instruments importés par les Européens, qu’ils soient espagnols, français ou anglais tels que le violon, la contrebasse, la guitare, la flûte mais encore le piano (qui remplacera petit à petit le Tres dans les formations de Son Cubano à La Havane) viendront au fil du temps enrichir les formations traditionnelles de musique cubaine, sans oublier les cuivres à l’époque du Jazz et le synthétiseur ou la guitare électrique dans la Timba révolutionnaire de Juan Formell y Los Van Van dans les années 80!

Laissons le dernier mot à Guillermo Cabrera Infante pour qui « la musique cubaine est primitive, mais elle a un charme superbe, une violente surprise toujours en réserve avec quelque chose d’indéfini, de poétique, qui vole haut avec les Maracas et le Tres, tandis que les tambours Bongo et Conga l’amarrent au sol et que les Claves, ces deux bâtons musicaux, sont comme cet horizon, toujours stables ». (Trois tristes tigres)