Il était une fois la « Salsa »… « Rumba y Claves », 1ère partie

Eso es Cuba!

Eso es Cuba!

Salsa: soleil, danse, palmiers, chaleur, sable blanc, rhum, mer turquoise… Autant de mots évocateurs et d’images solaires, festives qui nous viennent à l’esprit dès que résonnent quelques notes de Salsa à nos oreilles. Mais l’histoire de la musique cubaine est toute autre, construite sur le massacre des indigènes, les navires chargés d’esclaves traversant l’Atlantique, dans le sang et le bruit des chaines pour la grandeur de la Couronne d’Espagne. Laissez-moi vous raconter cette histoire… Il était une fois…

Une ile, la plus grande des Caraïbes, que les indigènes appelaient « Cubanacan » et que le poète Cubain du 20ème siècle Nicolas Guillen décrira comme « un long crocodile vert, aux yeux d’eau et de pierre ». Parmi les tribus amérindiennes de Cuba, on trouvait les Siboney (ville actuelle proche de Santiago de Cuba) , les Taïno et les Guanajatabey. Personne ne connaissait leur existence, rythmée par la chasse, la pêche et la cueillette. Même si nous ne savons que peu de choses d’eux, ces indigènes sont néanmoins présents dans notre quotidien, en particulier dans notre langage avec des mots tel que « ouragan » (Huracan) ou « barbecue » (Barbacoa)! Ils nous ont également transmis un instrument de musique, les « Maracas ».

Les Maracas des indigènes

Les Maracas des indigènes

L’histoire, violente et contrastée de Cuba, commença un 29 octobre 1492, lorsqu’un explorateur espagnol Christophe Colomb, encore peu connu des écoliers, aborda les côtes de Cuba. Dans les écrits datant de cette époque, Colomb décrit les indigènes comme très curieux, sociables et pacifiques… Mandaté par le fils de Colomb resté en Espagne, le navigateur Don Diego de Velasquez de Cuellar partit à son tour vers 1510 pour Cuba, devenue « Juana » (en l’honneur du Prince Juan, fils de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille, alors souverains d’Espagne) afin d’en faire une colonie espagnole. N’offrant que peu de résistance, les indigènes furent massacrés et les plus rebelles se réfugièrent dans des zones de montagne ou de jungle… pour se suicider par villages entiers plutôt que de tomber entre les mains des conquistadors espagnols.

La maison de Diego Velasquez à Santiago de Cuba

La maison de Diego Velasquez à Santiago de Cuba

Le heaume et l'épée de Diego Velasquez

Le heaume et l’épée de Diego Velasquez

On doit à Velasquez la construction des 7 grandes villes de Cuba entre 1511 et 1515: Baracoa, Bayamo, San Cristobal de La Habana, Trinidad, Sancti Spiritus, Santiago de Cuba et Camaguey. Les indigènes ayant été exterminés, Velasquez fait alors venir à partir de 1513 des milliers d’esclaves (plus de 800 000 entre 1513 et 1800) par bateaux entiers depuis le Nigéria, le Congo, le Zaïre, l’Angola, le Sénégal ou le Bénin. Ces esclaves arrachés à leurs terres ne pouvaient emmener avec eux que deux éléments de leurs cultures: leur religion et divinités (les « Orishas » demi-dieux humains, émissaires du Dieu Suprême Olafin, source de l’énergie spirituelle de l’Univers, plus de 400 à l’origine mais dont seulement une quarantaine est toujours vénérée à Cuba) traditions séculaires ancrées dans leur cœur mais aussi leurs instruments de musique telles que les Congas, qui rythment toujours les jours et surtout les nuits 🙂 du célèbre Carnaval de Santiago de Cuba.

Les Congas de la Casa De La Trova

Les "belles américaines" de Trinidad... et ses rues pavés par les esclaves d'Afrique

Les « belles américaines » de Trinidad… et ses rues pavées par les esclaves d’Afrique

L’esclavage allait également introduire un autre instrument « clé » 🙂 , véritable colonne vertébrale de la musique cubaine: les « Claves ». De l’espagnol « clavar » (clouer) et « llaves » (les chevilles), les claves étaient ces pièces de bois très dur servant à assembler et tenir les différentes parties des navires. Les gardiens espagnols s’en servaient également pour rythmer le travail des esclaves dans les champs.

Pendant onze mois, hommes et femmes étaient séparés, sans avoir le droit de pratiquer leurs cultes ni de danser ou de jouer de leurs instruments. Mais un mois par an, les conquistadors espagnols autorisaient les esclaves d’Afrique à vénérer leurs Orishas, à danser et à chanter et à défiler dans les rues en groupes, les « Comparsas » dans une débauche de rhum et de sueur. Ainsi naquit la tradition du Carnaval dans les Caraïbes, dont le plus célèbre est le Carnaval de Santiago de Cuba à la fin du mois de Juillet. Cependant, les festivités commencent dès le début du mois avec la Fiesta Del Fuego, festival centré sur la musique, les religions, l’art figuratif et l’histoire des Caraïbes et pendant lequel on brûle l’effigie du diable, la nuit du Quema del Diablo, acmé de ces deux semaines de fièvre.

Les claves

Les claves

Danse des Orishas à Santiago de Cuba

Danse des Orishas à Santiago de Cuba

Mêlant ainsi la richesse des percussions africaines aux éléments de leur quotidien, les esclaves allaient donner à la musique de Cuba ses racines africaines en créant la Rumba et le Bembe: la Rumba est l’expression de la rébellion contre l’esclavage, contre la ségrégation, récit dansé d’histoires d’amours malheureuses, aux rythmes dynamiques et sensuels (tel que le Guaguanco, où la femme tente de repousser les avances de l’homme) ou plus lents et mélancoliques; le Bembe est la musique des Orishas, dont les principaux sont Yemaya (en bleu) personnifiant la Vie, la Mer, Eleggua , le Destin, Oggun, le Fer et les Montagnes, Chango (en rouge), la Danse, le Feu et la Guerre et Ochun (en jaune), l’Amour et la Féminité. Les instruments du Bembe sont la Guataca (une clochette), les trois tambours Bata (chacun habité par un esprit), le Chekere ainsi que des sortes de Maracas. Les Espagnols appelaient toutes ces musiques jouées avec des percussions le « Tango »!

Cependant, fusionnant bientôt avec cette âme africaine, la ligne mélodique espagnole et les instruments apportés d’Europe par les Conquistadors allaient donner naissance à d’autres rythmes cubains, Bolero, Habanera, Danzon, Son… Cuba, l’île où tout -de deux morceaux de bois en passant par des cageots pour la morue mais aussi le clavecin– semble toujours appeler à la danse et à la musique!

Le clavecin de Diego Velasquez

Le clavecin de Diego Velasquez

Costumes du Carnaval de Santiago de Cuba

Costumes du Carnaval de Santiago de Cuba

 

Commentaires (4)

  1. Yael

    En attendant le livre …c’est un plaisir de lire ce texte où l’histoire et la danse se mêlent bravo

  2. felix nozuog

    Quel article de superbe qualité ! Cest à la fois une page culturelle et une invitation au voyage. On a envie de connaître et de vivre. Quand part – on?

    1. Frederica (Auteur de l'article)

      Merci beaucoup! 🙂 C’est bien une invitation au voyage en effet! Pour le vivre et partir avec l’association Frederica danser à Cuba, contactez-moi via la page « contact ». Alors à très bientôt! 😉

    2. Yael

      En attendant le livre …c’est un plaisir de lire ce texte où l’histoire et la danse se mêlent bravo

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